Inspirations

Madame Pompom Newton

Effrontée, curieuse, intelligente, intrépide et subversive, Emilie de Châtelet a tout d’une figure idyllique, incarnant superbement l’indépendance féminine.

Ayant joui d’une bonne éducation, son père, le baron de Breteuil, s’en est fait le fer de lance de sa transmission. Ainsi, il ne différencia pas ses fils de sa fille, surdouée, enjouée et inspirante qui devait se voir offrir un apprentissage des plus prestigieux.  Désirant savoir par dessus tout, Emilie s’enquit de nombreux domaines et activités, entre autres, l’équitation, la philosophie et la physique, qui restera sa vie durant son dada.

Bienséance oblige et bien que très obstinée à conserver sa liberté chérie, elle épouse à 18 ans le marquis de Châtelet, dont elle aura 3 enfants. Se vouant une bienveillance réciproque et chacun doté d’une importante clairvoyance sur les relations humaines, ils décident de vivre séparément afin de s’octroyer quelques goûtes de bonheur qu’au grand jamais ils n’auraient pu capter l’un à côté de l’autre.

Hédoniste, elle profitera dès lors de la cour et de ses plaisirs, jonglant de dîners succulents en fêtes étincelantes, en passant par des parties de jeux endiablées et des aventures charnelles multiples.

La cour et ses distractions ne parviennent cependant pas à la détourner de son amour pour les sciences et, en 1727, elle se plonge dans les travaux de Newton et on lui doit une première version traduite.

Son impressionnante matière grise lui ouvre les portes des sphères les plus prisées de l’époque et lui offrira une douce romance avec ce bon vieux Voltaire qui la surnommera affectueusement Madame Pompon Newton, anachronisme de ses deux vies: l’étudiante studieuse et l’épicurienne invétérée. Elle jouera un rôle essentiel au bien être intellectuel et matériel du philosophe, un temps banni de Paris, en mettant notamment  à sa disposition un de ses châteaux. Ils y couleront ensemble une décennie de jours heureux et tranquilles, s’adonnant à la philosophie, aux sciences et se délectant de représentations théâtrales et de lectures fascinantes.

Dans sa quête de participation au développement humain, elle concourra au prix de l’académie des sciences pour son travail sur la nature du feu et en rédigera un traité de physique, approuvé par l’académie. Désireuse de conserver un regard critique sur les travaux de ses pairs et de s’enrichir, elle  analysera en parallèle les recherches de Leibniz sur l’énergie cinétique. Elle est  ainsi l’auteur de l’unique traduction, encore à ce jour, de l’ouvrage                   «  principes mathématiques de la philosophie naturelle  ».

Et comme si ce tableau élogieux ne suffisait pas, Mme de Châtelet maniait par dessus le marché avec brio l’art d’amuser ses contemporains; cette anecdote s’en porte fidèle garante:

Face à l’académie, il y avait à l’époque un café, le café Gradot, au sein duquel se réunissaient régulièrement les scientifiques éminents de l’époque. Pour y accéder, car interdit aux femmes, Emilie se fit confectionner un ensemble d’homme et trompa ainsi les propriétaires pour le plus grand amusement de ses camarades.

Une jeune effrontée qui ne se laissait donc pas dicter son destin par la morale. 

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