Pensées

Féminisme, art, amis.

Été, saison propice aux rencontres insolites comme on en fait peu. Été, pause de douceur et de délices où il fait bon vivre pour nos cerveaux encore tout embrumés de cumulus accumulés d’actualités moroses. Été, belle saison que l’on tente d’étirer à bout de bras dorés jusqu’à finir par se résigner à voir ce brûlant élastique tiré à bloc se rétracter violemment sur lui-même, laissant place aux striant barreaux de ces fameux mercredis pluvieux. Été, saison où l’on laisse son esprit vagabonder et se heurter doucement à d’autres pensant de manière heurtant parfois la raison mais, ne nous énervons pas, il fait trop chaud pour s’époumoner : sirotons un pulco ce sera plus sage.

A l’ombre des grands hêtres, de jeunes gens discutent en dégustant un repas léger, obligé par la vigueur avec laquelle les rayons du soleil ont décidé de balayer leur joli coin de terre : rien n’échappe à cet éclat de vie mortifère. La discussion semble couler avec une lascivité imperturbable, allant de sujets bateaux en lieux communs, jusqu’à arriver à une phrase déferlante sur les têtes bien visées vers le cap du jour : la lenteur.

« J’ai supprimé bon nombre de personnes de mon entourage car elles causaient trop de discordes à mes réflexions féministes ».

Plouf ! Cette proposition vient perturber le calme établi. Schronk ! La voilà s’échouant, maintenant à découvert et déjà lorgnée de l’œil des charognards environnant prêts à en découdre.

Non, éliminer la personne non déconstruite n’est pas une attitude bienveillante. Oui, militer est un effort de chaque instant. Voyons, tu ne peux pas reprocher aux autres d’être nés dans un monde sexiste. Et ton père, il est parfait peut-être ?

Alors, qu’est-ce qu’on fait ? Exige-t-ton réellement des personnes déconstruites qu’elles endurent le sexisme jusque dans leur chaumière quitte à s’épuiser émotionnellement ? Laisse-t-on les personnes mettant plus de temps à saisir l’importance de la prise de conscience des artefacts sexistes structurants nos sociétés au coin ? Et l’art dans tout ça ?

Payer pour un artiste violent, jamais ?

Certains font la promotion de la consommation de cannabis, d’autre de l’usage du mot pute comme insulte ou de fermer les yeux au volant. Pourtant on continue de les écouter en boucle, de bouger nos boules dès les premières notes de leurs musiques au goût déjà fort prononcé de classiques. On considère que nos cervelles d’auditeur sont suffisamment badigeonnées de sens critique pour être capable de dissocier instrumentalisation artistique du danger et réalité : on comprend que Wiz Khalifa fume pour alimenter un personnage et que Lomepal conduit à l’aveugle pour répondre à des exigences métaphoriques.  Mais quand il s’agit d’aller voir un concert de Bertrand Cantat, ça fait hic. Quand on entend Michel Sardou faire l’apologie du viol et Police du harcèlement on se sent nauséeux. Alors, y a-t-il une exception féminine ? Peut-on magnifier la violence sauf quand elle s’adresse aux femmes ?

Il serait en fait bienvenu que l’art puisse librement triturer, modeler et mouler les violences spécifiquement féminines : cet état de fait signifierait qu’elles sont majoritairement reconnues et condamnées en tant que telles. On écoute les artistes parlant de drogue, de meurtres et autres réjouissances, sans vergogne car les choses ici sont limpides : la fiction comme évidence. Mais lorsque l’on s’atèle aux sujets féminins, on ne sait plus, la frontière entre fiction artistique et réalité est trop fine, les barrières juridiques trop poreuses et les acceptations mentales bien trop souples. Vous voulez écouter de la musique sexiste et faire des blagues sur les blondes ? Faites-en sorte que la société ne souffre plus aucun féminicide. La violence artifice si non dans un cadre militant fait foi que si inenvisageable dans le réel.

Œuvres sexistes : le féminisme comme nouvelle clé d’analyse ?

Et si le féminisme appréciait les contenus sexistes et métamorphosait les œuvres en contenu pédagogique ? Prenons l’exemple des Valseuses. Œuvre choquante et pourtant normalisée par le passé, une mutation de cette dernière est forcée par l’évolution des contextes socio politiques et, maintenir son existence, sa diffusion appuie un contraste saisissant.

D’une part, l’hypocrisie de la société des années 70 qui se voulait ouverte d’esprit – oui mais tant qu’on ne parle pas de filles qui se déshabillent volontairement. Traditionnelle et respectueuse – oui mais les garçons qui courent les filles et forcent un peu la porte d’entrée sont tout à fait excusables. Film ayant défrayé la chronique de l’époque, à l’aune de nos féminismes modernes, on voit plus clairement à présent les ombres portées des véritables problématiques qui agitaient certains esprits étriqués de la décennie Woodstockienne. S’agissait-il réellement du penchant obsessionnel et violant des deux protagonistes ? Était-ce la gêne de voir à l’écran un sexisme cru et crasse alors que le même œuvrant quotidiennement semblait si mignon ? Ou peut-être avoir placé comme l’une des intrigues principales la recherche frénétique de l’orgasme par Miu Miu était un peu trop osé ? Une femme qui a envie de jouir et qui ne fait même pas l’effort de simuler, quitte à pourrir les va et viens vains de son partenaire, une bien drôle d’idée. Ce film questionne, débroussaille et dénonce, pour peu qu’on le regarde avec les bonnes lunettes.

Les œuvres semblant affolement sexistes aux premiers abords offrent si l’on s’y penche un peu des clés de lecture bien plus profondes, donnent un coup d’œil rétrograde sur les changements déjà accomplis et permettent d’entrevoir la genèse de certains comportements gambadant encore aujourd’hui dans nos sociétés modernes.

 

Supprimer ses amis sexistes revient à finalement s’appauvrir. Non seulement, cela ne répond pas aux exigences de tolérance qu’appelle ce type de mouvement mais renforce à l’inverse les attributs à intégrer aux caricatures des figures féministes imaginées par les personnes réticentes. Nier l’existence de certaines œuvres est aussi une voie de facilité en quelques sortes : les objets ont et existent encore, analysons les sous un angle averti bien entendu mais regardons-les en face éclairé d’une lumière blanche. Comment changer le cour social si chaque personne, chaque chose un tantinet résistante est simplement balayée du revers de la main ?

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