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Bien sûr argent, succès et reconnaissance sociale restent ancrés comme désir et moteurs de nos actions mais un souffle rafraîchissant semble ébranler pour de bon cette fois les fondations vermoulues d’un capitalisme devenu obscène. Comment pourrait-on qualifier autrement un modèle sociétal qui pour quelques symboles facétieux est prêt à nier nos animalités et à perpétrer le crime ultime : la mise en danger irréversible de l’humanité toute entière ?

La possession, une mise en valeur de l’humain

Les acteurs pour qui la société d’hyper consommation est profitable ont intérêt à œuvrer pour un maintien de la simulation au sein de laquelle nous évoluons. Simulation d’un monde ne pouvant apparemment fonctionner sans des bourses internationalisées, déconnectées du haut de leurs stratosphères chiffrées manipulant, de leurs courbes clignotantes, des hommes persuadés d’être faiseurs de pluie. Et malheureusement, ils le sont, et ce uniquement car tout pousse à faire croire que cette organisation économique est la seule option, que le monde ne tournerait plus rond s’ils n’étaient pas là pour nous aider à définir le prix du blé. La belle affaire ! Nous voilà à attendre le feu vert de 4 pauvre mecs complètement obnubilés par leurs écrans et perfusés à l’adrénaline pour s’échanger des matières que nous produisons réellement et pour lesquelles nous connaissons déjà la valeur : celle du temps fourni à les obtenir et du bien être procuré par leur consommation. Et s’ils n’étaient plus là ? Si on supprimait la bourse, certes une crise économique majeure viendrait nous secouer mais, ne serait-ce pas l’occasion de simplifier les échanges ? Financiariser à ce point les relations économiques pousse à des productions folles – économie d’échelle qu’on a dit – et à la création d’un monde où rien n’est plus vrai.

On attaque ici les traders mais peut-on vraiment trouver responsable à la situation abstraite dans laquelle on se trouve ou serait-ce plutôt le fait de milliards d’êtres passifs qui ont laissé et laissent encore faire. On y revient, c’est encore l’histoire de la grenouille qui, tranquille dans sa casserole d’eau se laisse bêtement mourir car elle ne sent pas la chaleur devenir mortelle pour elle. Les humains tout doucement se sont laissés croire, se sont leurrés, en se convaincant que posséder était l’ultime but de l’existence. Alors l’argent a pris le dessus sur absolument tout. Belle dame verte ou dorée selon les zones géographiques, pour elle ils sont prêt à tuer, à trahir et à se défroquer. Et une fois qu’ils l’ont, quelle n’est pas leur surprise que de s’apercevoir qu’elle n’a de cesse que de réclamer des petits ; constamment il va falloir l’engrosser, on n’a jamais vu pareil instinct de reproduction !  Et tous, tous ils sont à sa merci. Tous ils la laissent leur faire croire que sans elle ils ne valent rien, qu’elle est leur seul vrai lien et dans le même temps défense avec le reste de leurs congénères. Tous pourtant ils sont bien plus beaux sans elle.

Sans tomber dans le mièvre ou une pensée dogmatique à tendance biblique, pensez-vous sincèrement que si vous êtes là c’est pour entasser quelques billets sur un compte, des centaines de t shirt dans un tiroir poussiéreux, une bagnole et trois tonnes de boîte de conserve au cellier ? Bien entendu, vous êtes plus que ce que vous possédez me direz-vous. Ah vraiment ? Pourquoi vous êtes vous donc levé ce matin ?

On s’illusionne, par confort certainement, dans une soi-disant obligation à se rendre malléable pour entrer dans ce moule inadapté à notre nature profonde. On travaille de manière acharnée sans prendre plaisir, on achète bêtement pour combler nos manques affectifs (on nous a privé de nos darons trop tôt pour qu’ils et elles aillent engraisser le capitalisme et à nous de gérer derrière cette abandon originel). On ne dort pas assez, on grossit comme des idiots parce qu’on ne sait même plus comprendre nos propres corps et ensuite on se culpabilise car on nous balance des images irréelles. La seule solution est l’arrêt collectif et arrêté, c’est reconnaître notre puissance face aux chiffres mais nos limites naturelles. A-t-on seulement envie de capituler et de reconnaître que non, nous n’arriverons pas, à la seule force de notre économie et de nos croissances infinies, à triompher de la mort ? 

La possession, jusqu’à celle des humains ?

Par-delà les problèmes posés par une possession matérielle quasi morbide, on peut étendre la question à la possession de l’autre. Grand dieu, jamais je ne me penserais propriétaire d’une personne vous défendriez-vous en battant énergiquement des bras. Soit.

Mais alors, lorsque l’on est en couple et qu’on tente tant bien que mal de s’adapter aux normes amoureuses nimbant nos sociétés, ne devient-on pas propriétaire de l’être aimé ? Ah ! Mais il faut faire des concessions pour que cela marche, on ne peut faire tout ce que l’on veut dans la vie. Soit.

Mais, est-ce qu’attendre de son partenaire qu’il s’adapte à nous, se fabrique des lunettes à œillères gigantesque pour ne plus voir les autres et inhibe certaines de ses envies, n’équivaudrait pas à des exigences liberticides ? Pire, ces comportements, que nous nous infligeons à nous même, ne feraient pas de nous le bien du couple en tant qu’entité ? On n’appartient pas à l’autre, l’autre ne nous appartient pas, nous sommes d’accord, mais nous ne nous appartenons plus non plus, tout ce petit monde serait en fait au service du couple ?

Et si, finalement, on se réapproprier notre personne ? Si l’on s’appartient tout entier, alors on ne se laisse plus voler notre temps, notre énergie et nos pensées par la publicité, les magasins et autres réjouissances capitalistes. Si l’on s’appartient pleinement, alors on prendra soin de nous comme on le ferait pour n’importe lequel de nos biens. Si l’on s’appartient pleinement, alors, on envisagerait la vie comme terrain de jeu à partager avec d’autres et non pas pour ou au dépend d’autres. Si l’on s’appartient pleinement, alors, on ne souhaitera aux autres que d’en faire de même et nos libertés seront entières.

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