Pensées

« Il y a deux sortes de français: les à-pieds et les en-voiture. » P. Daninos

Voiture, bagnole, vago, carette, caisse, poubelle, titine. Pléthore de mots pour la qualifier, des centaines de références culturelles en rapport et très peu d’alternatives. Un monde sans voitures, pourtant l’une des importantes cause du réchauffement climatique est-il seulement envisageable à l’heure où certains militent pour conserver coûte que coûte son précieux breuvage à prix abordable ? Il ne s’agit pas ici de blâmer les personnes inquiètes de voir leur budget mobilité drastiquement augmenter – leurs préoccupations économiques et pratiques sont louables – mais de se pencher sur l’étoffe culturelle de la voiture et son impact insidieux et quasi indélébile sur l’esprit des conducteurs.

Voiture passe droit vers la liberté

Je n’ai pas de voiture. Par manquement financier. Par hypocrisie écologique éventuellement. Par flemme. Par choix. Cet état me vaut de nombreux regards compatissants et émus devant mon obligation de sois disant troc de ma propre liberté par incapacité économique. J’y vois au contraire un gain de temps et d’indépendance, n’ayant pour réel moyen de transport que mes jambes, fidèles à leur poste et jusqu’à preuve du contraire peu enclines à me faire une panne, une fuite d’huile ou que sais je encore. Leur liberté chérie, les conducteurs s’en départissent bien lorsqu’il s’agit de se tourner les pouces, bien au chaud dans leur rutilante boîte de ferraille boulimique, dans les soufflets d’un accordéon de loupiotes projetant des ondes luminescentes d’ennuie sur les murs des villes. La liberté liée à la voiture est factice: il est possible d’aller partout que dans le respect d’un cadre contextuel précis: le maintient des instances nécessaires à cette belle de tôle et la conservation des réserves de son nectar. Alors, la liberté reste-t-elle vraie si conditionnelle ? La liberté exigeant un objet pour y parvenir ne se fourvoie pas dans son essence ? La liberté de mouvement ne serait-elle pas justement l’indépendance, la rupture avec toute sphères économiques malsaines ?

Voiture reflet social

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Le marketing a grandement participé à implanter la voiture dans nos esprits comme marqueur de réussite, voile d’existence sociale. Plus qu’un moyen de déplacement, elle se mue dés lors en un véritable miroir. Dans une volonté de ciblage, les marques ont créé une voiture pour chaque catégorie sociale. Ainsi, chacun peut s’en servir comme d’un moyen d’expression sociale: ma voiture dit qui je suis et finie – comme la cigarette l’est pour les fumeurs – par être un substrat identificatoire, un critère apportant substance à la personne. La voiture est le symbole de notre ambivalence: recherche de révélation de notre personne par désir de validation et besoin féroce de protection. Y renoncer serait donc laisser s’envoler un champ expressif, mais aussi un habitacle de protection séparant le public du privé: la voiture comme capsule spatiale garante d’un équilibre interne affrontant le désordre sociétal. Il s’agira alors de trouver de nouvelles voies d’expression, de nouveaux signes distinctifs et, dans le même temps, de nouveaux outils de distanciation.

Voiture et cristallisation de luttes économiques

Le site carfree avance l’hypothèse que des violences sociales seraient instrumentalisées par le débat pro / anti voitures et le détaille dans ce raillant article. On accuse copieusement les bobos de doux rêveurs incapables d’une once d’empathie envers les vrais travailleurs qui se lèvent tôt, parcours des dizaines de kilomètres pour trimer et faire tourner le pays, qu’on leur laisse au moins la bagnole ! On comprend aisément ce parti pris pour les personnes péri urbanisées livrées aux fluctuations des inter-cités et s’en remettant donc bien volontiers à leur fidèle titine, face aux urbains ayant de nombreuses alternatives à leur disposition. Écart cocasse, il ne fera que se creuser et gagner en amertume lorsque l’on pense que les banlieues avec la hausse des carburants, des taxes et des infrastructures propres à la voiture deviendront quasi infranchissable sinon à pieds. Et si par dessus le marché on pense au fric que ces banlieusards filent aux grandes marques automobiles pour être libres d’aller s’empaffer tous les matins dans les bouchons pour gagner de l’argent à réinjecter dans l’entretien de ladite voiture, on se dit qu’une carte de transport serait peut-être un bon investissement.

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