Pensées

Le foot et ses signes

La coupe du monde arrive à grands pas, annonçant son lot d’émotions, de visages rougis par l’adrénaline, flanqués de drapeaux.

N’étant pas férue de football, je ne suis pas assidûment les matchs. Malgré cela, les compétitions internationales restent toujours des occasions de partage et de fédération auxquelles je me greffe volontiers. Aussi, je me suis questionnée sur cette spécificité footballistique: comment ce sport parvient-il à de telles prouesses unificatrices ? Pourquoi sa popularité devance celle de tous les autres sports au point où aucun ne tenterait de rivaliser ? Et surtout comment parvient-il à transformer les foules en des monstres bouillants et rugissants dont les déceptions peuvent avoir des impacts dramatiques ?

Sport de riches, pauvres, jeunes, vieux

 

Le foot a cette force que la plupart des divertissements n’ont pas, et là réside toute sa suprématie: il accueille à bras ouverts tous les publics, tous les joueurs et n’est pas stigmatisant. Accessible, il n’est affilié à aucune catégorie sociale et ne s’est laissé approprié par aucune communauté. Le foot conserve son sublime et sa magie à travers son désir de non appartenance; par cette exigence il protège ses critères de mutation sociale et parvient à intégrer tous les milieux en autorisant chacun à réinventer son foot. Ne se laissant pas avoir, il permet aux populations d’en tirer les valeurs de leurs choix et d’avoir un rapport unique et personnel avec.  Tolérant et libertaire, il convient et se contente de tous les degrés d’amabilité qu’il aspire: du passionné tourbillonnant de matchs amicaux en matchs retours, drapé du maillot de son équipe favori au non initié guettant de loin les résultats, feignant un désintérêt préfabriqué et factice, la distinction ne fait pas partie du vocabulaire footballistique.

Et un et deux faites la fête

Lorsque l’on évoque les événements footballistique majeurs, on voit son esprit se remplir de souvenirs annexes, témoignant ainsi de l’imaginaire environnant et englobant ce sport, aussi essentiel à sa popularité que sa nature même. Les pouvoirs publics et organisateurs, ayant bien compris cela, mettent tout en oeuvre pour nourrir cet imaginaire. Alors, chaque grande compétition a sa couleur, son maillot, sa musique officielle et ses installations où la prophétie peut se réaliser, dédiées exclusivement au partage et à la réunion autour du sport, elles permettent une fédération et révèlent une autre force du football: la médiation autour de sa propre thématique de laquelle découlent de nouveaux liens.

Le ballon rond, ou la nouvelle épée

En 1969, des suites de deux matchs entre le Honduras et le Salvador, pays aux relations alors très houleuses, une guerre de plusieurs jours éclate, causant entre 3000 et 6000 morts. Les matchs ne sont évidemment pas à l’origine de cette guerre qui trouve sa source au cœur de différents diplomatiques (racisme anti-salvadoriens, expulsions violentes en Honduras…). Ces matchs de foot n’étaient en réalité qu’une cristallisation de l’affrontement glacial et permanent qui enveloppait alors les deux pays. Étincelle de trop, cette capacité de déclenchement d’un conflit leur a été conféré par leur nature stylistique: torpillés d’enjeux géopolitiques ils s’étaient mués en leur modélisation.

Mais sans référer à cet événement anecdotique ou aux issues de matchs sombrant dans la violence, à la merci des injonctions des hooligans et autres groupes ultra violents, le foot détient en son sein un imaginaire épique. L’organisation, en premier lieu, rappelle celle d’un rituel, bien huilé, ancestral. L’annonciation des matchs est millimétrée, saccadée et militaire; comme pour prévenir le public qu’il va assister à un événement on ne peut plus sérieux, historique. Les acteurs et leurs liens enfin, parachèvent cette dimension guerrière. Les supporters, scindés en deux groupes rivaux choisissent leurs champions et font appels aux mêmes leviers que ceux menant au patriotisme: la défense de ce en quoi l’on croit, la haine (éphémère dans le cas du football) de l’opposant, la ferveur de se voir consacrer roi, vainqueur par substitution. Le foot a cette faculté de rendre à chacun une puissance virile et vengeresse  quand personne n’a réellement envie de se mouiller.

L’antijeu, ennemi juré du fan de foot, est tant haï car rompt avec la quête de victoire épique animant chaque supporter. Si un joueur pratique l’antijeu, alors, il sera hué: il ne rempli pas son contrat, déçois et chois dans son rôle de guerrier capacitant.

 

 

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