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Etre exceptionnel ?

Soyons honnêtes, nous souhaitons tous au fond de nous être un peu différent de la masse, avoir ce petit truc qui fera que l’on marquera les esprits, ce caractéristique précis qui nous conférera un rôle social original et distinctif.

L’exception s’apparenterait donc à une volonté de chacun, et ce pour plusieurs raisons.

En premier lieu, nous sommes influencés par un biais historique ne valorisant qu’exclusivement les personnes au destin exceptionnel en des termes élogieux et dénigrant parfois la masse métaphorisée en une entité suiveuse dépourvue de libre arbitre, sans qui pourtant rien ne prendrait l’ampleur suffisante à intégrer notre continuum historique. (Evidemment je caricature et grossi ici le trait pour étayer mon propos).

Aussi, nous sommes tous pétris d’un désir de susciter l’envie et l’admiration de nos pairs. Validé, encensé dans le regard d’autrui, j’atteindrai une confiance existentielle ainsi que la certitude du bien fondé et de la portée bénéfique de mes agissements. Cette sérénité puisée dans l’autre me laisserait entrevoir la possibilité de ne plus constamment chercher à améliorer ma personne et d’en être satisfait.

Nos résidus comportementaux inscrits génétiquement en nous et révélant notre origine animale nous poussent à impulser une compétition insidieuse et effrénée entre les hommes dont le but originel était (est encore?) la procréation, la multiplication de ses gênes et donc l’accomplissement de son destin de mammifère. Socialement, se sentir supérieur nous fourvoie dans une tentative de légitimation de notre existence, au détriment de celle des autres. Si je fais quelque chose d’exceptionnel, alors mon existence a du sens et participe à l’héritage global de l’Homme: y auraient-ils à ce titre des humains plus méritants ?

Michel Serres, dans Petite poucette,  nous parle d’un arbre construit à partir du Ka, soit de l’essence de chaque membre de l’humanité. Les caractéristiques communes permettraient aux hommes ainsi liés de former le socle, le tronc. Les attributs plus rares s’allieraient jusqu’à s’étendre et dessiner de fines branches qui, caressées par le vent, entameraient une danse hypnotique.    Les Ka les plus exceptionnels s’élèveraient et en une éclosion majestueuse se mueraient en bourgeons printaniers.

Ainsi, sans le tronc, l’art, le sublime, le poétique n’existerait pas. Il ne serait dés lors qu’impertinent d’opposer utile et inutile, pratique et artistique, sublime et fonctionnel car ces champs ne s’opposent pas mais forment des dualités constructives qui se répondent et s’enrichissent intrinsèquement. Liées, elles sont contraintes pour vivre de le rester.

Alors, la banalité est le socle de l’exception. Sans la masse dormante et normale, l’être exceptionnel n’est pas. Cette normalité lui offre un soutien constitués d’expériences multiples, sources de son ouvrage sensationnel, locomotive de son destin d’exception.

Les bourgeons sont les éléments les plus visibles et, fièrement dressés sur leur cime, narguant les zéphirs, ils se délectent d’une vu qu’ils conservent jalousement, n’égrainant que quelques piètres descriptions pour les autres. Instinctivement, chacun sait que sans le tronc, aussi rugueux et dru soit-il, seul l’abîme les attend.

V.

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