Inspirations

Selon la volonté du ciel

D’une autre ère, Wu Zetien a marqué son époque puis a vu son souvenir s’engluer dans une lymphe pestilentielle de témoignages historiques frauduleux, malmenant son souvenir, le tiraillant comme un corps malléable selon les besoins du racontar. Je vous propose ici une modeste réhabilitation de cette femme étonnante à bien des égards. 

Une tête bien faite pour une forte tête

Née en 625 à Chang oun, capitale de l’empire Tang, notre héroïne se voit dispenser une éducation très complète et manie donc divers arts avec brio – poésie, écriture, chant entre autre – une spécificité qui orientera son destin.
Favorite à 12 ans de l’empereur Taizang, elle deviendra des suites d’un séjour en monastère écourté sur les ordres de la femme de l’empereur héritier afin de réintroduire Wu au palais et d’évincer d’éventuelles favorites juvéniles aux velléités monarchiques.
L’impératrice dans son calcul omettait un paramètre majeur: l’aura séducteur de la jeune Wu, qui, en tant qu’unique courtisane, séduisit son époux et lui donna un premier enfant. Le bébé succomba rapidement après sa naissance et l’histoire retient que Wu profita de cet événement pour faire abattre sur l’impératrice un drap de culpabilité et la pousser aux portes du palais, laissant derrière elle un trône libéré n’attendant que d’être réchauffé par les traînées vaporeuses de soie de Wu Zetien.
Décidée à ne pas vivre avec pour seul champ d’action l’ombre de son illustre époux, elle assiste en secret aux conseils importants, gère certaines affaires de la cour et pousse la cour à s’affranchir du confucianisme, religion qu’elle vit comme une humiliation.
Plus tard, lorsque Gaozong fut rattrapé par la maladie, Wu exerca le pouvoir en son nom.Certains partisans contestèrent alors ce nouvel ordre et leur obligation à devoir obéir à une femme et s’organisent dans le but de l’éliminer.

Mise au parfum de ces prévisions macabres sur sa personne, elle décide de les contrer en éradiquant ses opposants les plus virulents.
En 683, Gaozong s’éteint. Leur fils hérite naturellement du trône mais Wu le pousse à abdiquer et récupère alors le pouvoir.

Ce concours de circonstances permet à notre ambitieuse de fonder l’unique dynastie chinoise qui sera menée par une femme: la dynastie Zhou.
Lors de son règne, elle oeuvra à un assainissement du paysage politique et décida de rendre la gestion du pays accessible à tous, peu importe l’origine social. Elle dénicha ainsi des talents dévoués, passionnés et innovants. Elle obligea les élites et autres conseillers politiques au statut établi depuis
longtemps de passer des examens pour jauger leurs qualifications.
Parmi ses réformes sociales, elle diminua les impôts subies par les paysans , dessina les prémices d’un code du travail, implanta un statut de la femme pour favoriser son émancipation et votera de nombreuses réformes pour adoucir son quotidien. Enfin, elle diminua le budget de l’armée à son strict minimum.
Encore aujourd’hui, le rayonnement de son règne nous illumine culturellement: on lui doit les statuts de Boudha des grottes de Longmen, classées au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Le bilan des années Zetien est excellent: sa Chine est prospère, cultivée, artistique et réformée socialement.
Elle tombe malade en 704 et est contrainte d’abdiquer en 705. Elle meurt quelques mois après.

Femmes et histoire

De nombreuses légendes peu flatteuses jonchent l’histoire de l’humanité au propos de Wu Zetien tantôt tirant d’elle le portrait d’une femme trop exigeante et autoritaire, tantôt lui dressant l’âme d’une vengeresse sanguinaire prête jusqu’à maculer ses mains du sang de ses propres enfants pour atteindre ses ambitions mégalomanes. Je ne peux nier la véracité de ces histoires ni les confirmer mais pointer du doigt un fait: si Wu Zetien avait été un homme, le champ de sa vie ne serait pas présenté sur l’autel historique sous le même angle; en premier plan ses réussites et apports sociétaux monumentaux seraient ventés et la mise au point du crible de l’historien permettrait de flouter ses fautes de conduites.

Le vocabulaire choisi pour la décrire est souvent accablant, parsemé d’adjectifs très sévères et négative, se révélant pourtant être les qualités requises pour être un bon empereur mais transformés en adjectifs péjoratifs comme il s’agit ici d’une femme, individu dont on attend souvent plutôt un nuage de douceurs.

Ainsi, nombreux sont ceux qui ont retenu uniquement la fougue et la passion de Wu, qui la poussaient parfois à faire preuve de cruauté, jetant ainsi un écran de fumé sur les avancées sociales, artistiques et économiques qu’elle a générées.

V.

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